Ça y est, c'est presque sûr. Je déménage de cette maison. Cet été, je retourne habiter en ville. Dans deux étés, j'habiterai là bas seule. Pfiou. Je me sens minuscule d'un coup. Comme si finalement, tous ces rêves que j'avais fait toutes les nuits je n'en voulait plus.
Je ne sais pas comment je me sens. C'est une grande & terrible nouvelle en même temps. Chaque jour qui passe me rapproche de plus en plus de la liberté. Chaque jour qui passe me rapproche de plus en plus de la vie adulte.
Je crois que c'est ça qui me fait peur, au fond. Travailler, gagner de l'argent, faire les courses, faire à manger. Tant de choses que je ne sais pas faire, ou alors pas chaque jour. J'ai toujours pensé que ce serait facile, mais là je me demande vraiment si je suis capable de faire ça.
& puis, qu'est-ce que je vais faire plus tard ? Ou je vais étudier ? Est-ce que je vais avoir mon bac ? C'est assez horrible, en faite, le gouffre qui vient de s'ouvrir en moi. D'un côté le plaisir, de l'autre, la plus grande peur de ma vie.
Je vais retourner habiter dans un appartement que je n'ai jamais vraiment oublié. Le rêve, c'était de retourner là-bas. Comme avant. J'ai l'impression que j'ai passé toute ma vie dans cet endroit. J'en ai été arrachée avec une force incroyable & c'est sûrement ça qui à entrainer cette folle envie d'y retourner. Comme pour tout refaire dans l'ordre. Comme pour se rappeler de tout ce qui a pu s'y passer.
Il y a des travaux de peintures & de sol. Le reste, ce n'est pas important. Je serai à quinze minute en tram du lycée. Proche des sales de concerts, des magasins, de tous ce qu'une personne de dix-sept ans peut rêver.
Je vais arrêter de manger chaque jour à la cantine. Je vais arrêter d'être pressée par des horaires de bus. Je pourrais peut-être même prendre mon vélo ? ( Non, là je rêve ). Je serais à quelques arrêts de tram de l'homme que j'aime.
J'échangerai ma carte de bus orange contre la traditionnelle carte de bus bleue. L'étiquette 'fille de la campagne' sera automatiquement décollée de mon front. Celle que j'ai toujours refusée de voir mais qui est belle est bien là, en énorme. J'arrêterai de croiser ces gens stupides, avec qui je n'ai jamais eu aucun point commun.
Je troc ce jardin, dont je n'ai jamais trop profité, contre des balconnières aux fenêtres. Je troc le calme de la campagne contre la douce agitation de la ville. & ( à regret ) je troc la possibilité de faire une fête avec la musique beaucoup trop fort contre l'obligation d'arrêter les nuisances sonores après 22h. ( La vie, c'est pas non plus KikooLand tous les jours, hein ! ).